Accueil 24h au Benin Deux raisons de brûler nos gris-gris

Deux raisons de brûler nos gris-gris

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(Par Roger Gbégnonvi)

​Parce que les Ecureuils sortaient de nulle part mais venaient du ‘‘pays du Vaudou'', on a évoqué ici et là le gri-gri pour expliquer leur relatif exploit à la CAN 2019. Le gri-gri ? A l'entrée BO du dictionnaire fon-français, on lit : ‘‘Gri-gri, amulette, talisman ; sortilège, maléfice, réalisé avec des feuilles et autres ingrédients…'' En fait, le gri-gri c'est l'arsenal où l'on puise jour et nuit pour auto-défense, attaque et contre-attaque (ADACA) dans une société où tout le monde vit sur le pied de guerre, cherchant sans cesse appui sur une force extérieure, supérieure et efficace (FESE). La FESE pour l'ADACA. Car l'ennemi est partout.
​Aussi la vie quotidienne ne va-t-elle pas sans gri-gri. Un professeur d'université vous fait l'amitié de vous montrer la partie montrable de son arsenal-maison : ‘‘Savon pour élévation sociale et professionnelle – 2.000 f'', ‘‘Savon pour protection et choc en retour – 2.000 f'', ‘‘Onguent ‘Emonehoun' à mélanger avec de l'Eau de Cologne de votre goût, et l'utiliser parcimonieusement comme tout autre parfum – 2.500 f''. Et tout le monde connaît le bon catholique de l'adage qui, après avoir reçu l'hostie, y ajoute un morceau de cola qui a séjourné dans du sang de pigeon : ‘‘C'est pour renforcer le Christ.'' Le complément ainsi apporté à l'Agneau Immolé (cf. aussi l'Eau de Cologne) illustre une philosophie et une pratique tout à fait bien reçues, qui élèvent ou rabaissent (c'est selon) les cultes et onctions importés au rang de gri-gri afin d'en faire FESE pour ADACA. Médaille Miraculeuse, scapulaire, versets coraniques transcrits sur une peau tannée, etc., constituent de très bons outils pour ADACA par la grâce de Dieu Notre Père et d'Allah Le Miséricordieux. Et l'on en vient à occulter, à négliger l'effort et le travail, l'on s'illusionne : le relatif exploit des Ecureuils ne doit pas grand-chose à leur entraîneur et à eux-mêmes, la carrière poussive et besogneuse du professeur ne doit rien à ses errances bibliothécaires et pas grand-chose aux nuits blanches passées à préparer ses cours et à corriger mille copies, le poison mortel, glissé par vous, en toute amitié, dans l'apéro de votre chef hiérarchique, n'est pas pour grand-chose dans le fait que vous soyez assis aujourd'hui dans son fauteuil, etc. En même temps qu'il féconde le crétinisme et la méchanceté, le gri-gri nous empêche d'inventer et de créer pour enchanter le monde. Voilà pourquoi, tous nos yeux plongés dans mille smartphones, regardeurs jamais fourbus, nous scrutons, hébétés, le tout-monde créé par les marcheurs.
​Or c'est le gri-gri lui-même qui, si l'on ose dire, se rit de nous à nous voir adossés à un imaginaire délétère et paresseux. Car il faut se souvenir de l'adage : ‘‘Le gri-gri est efficient contre celui qui y croit.'' On aura donc beau hurler contre vous toutes les incantations et enfoncer mille pieux dans le sol en hurlant votre nom, si vous évitez le whisky létal de l'ami, vous tiendrez debout et irez jusqu'au bout. Et c'est la première raison de brûler nos gris-gris. Car il faut se souvenir de l'adage : ‘‘Plus efficace que le gri-gri est le bâton.'' Vous aurez donc beau y aller de toutes les incantations et fumigations, de tous les savons et onguents dits magiques, si vous vous abstenez d'agir pour ou contre, le résultat se fera attendre jusqu'á se faire inexistant. Et quand je m'acharne à ourdir le malheur de l'autre dont j'ai peur et que je hais, c'est le Livre de Job qui me met en garde : ‘‘Ce que je crains, c'est ce qui m'arrive ; ce que je redoute, c'est ce qui m'atteint'' (3/25). Voyez, en effet, comme nous sommes mal, comme notre cité est malade, engluée dans l'angoisse et la paranoïa ! A force de penser à mal et au mal, le mal advient. Et c'est la deuxième raison de brûler nos gris-gris.
​L'avers de nos gris-gris en appelle à la Lumière pour nous demander de penser et d'agir en bien. Ignorons donc délibérément notre côté nuit. Priorisons donc délibérément notre côté jour. Professons avec le poète : ‘‘Je t'ignore, litige. Et mon avis est que l'on vive !''