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Abdoulaye Moumouni, promoteur apicole: « L’apiculture et le reboisement sont deux choses indissociables »

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Abdoulaye Moumouni, promoteur apicole: « L’apiculture et le reboisement sont deux choses indissociables »

Faire de l'apiculture moderne une activité génératrice de revenus et un vecteur pour la conscientisation environnementale, tel est le leitmotiv depuis plus de trente ans d’Abdoulaye Moumouni, directeur exécutif du Groupe d’action pour la recherche en apiculture et en ressources naturelles intégrables (Gararni-Ong) basée à Ina (commune de Bembèrèkè). Le spécialiste en apiculture tropicale nous explique ici le sens de la mission de son Ong qui œuvre depuis 2011 à l’élevage moderne des abeilles, le reboisement et l’éducation environnementale dans les communes de Sinendé,
Bembèrèkè et Kalalé.

La Nation : Comment se fait la promotion apicole sous l’égide de l’Ong Gararni?

Abdoulaye Moumouni : Nous sensibilisons sur l’importance des abeilles dans la protection de l’environnement et dans la production agricole. Nous transformons les agriculteurs et surtout les chasseurs traditionnels de miel que nous identifions en apiculteurs planteurs d’arbres mellifères. Nous mettons l’accent sur l’apiculture, le reboisement et l’éducation environnementale. Car l’apiculture et le reboisement sont deux choses qu’on ne peut pas dissocier. L’apiculture traditionnelle était prédatrice des ressources naturelles. Nous formons les chasseurs de miel d’autrefois en techniques d’apiculture moderne, notamment la fabrication de la ruche à rayons fixes en tôle, afin de réduire leurs pressions sur les ressources naturelles. Nous leur apprenons comment enrichir les sites, parce que qui parle des abeilles doit forcément parler des arbres dont elles butinent les fleurs. Nous avons amené les apiculteurs à planter des hectares de Gmelina arborea, de Khaya senegalensis (caïlcédrat) et d’autres fruitiers dans leurs exploitations. Des pépinières sont implantées dans les localités où notre Ong est intervenue.

Quel est aujourd’hui l’impact de vos activités ?

Près de 475 personnes ont été déjà impactées par nos interventions dans les communes de Sinendé, Bembèrèkè et Kalalé, avec l’appui notamment de l’association Tiers-Monde Quintin de France. Elles ont été formées, encadrées et installées et sont en production depuis 2011. Nous avons fait d’elles des défenseurs privilégiés de l’environnement et des abeilles. Beaucoup sont motivés pour l’élevage des abeilles. On fait les récoltes de miel souvent en mars et en novembre. Les ressources permettent aux agriculteurs d’investir dans leurs champs. On a commencé petitement. La toute première récolte tournait autour de 200 à 300 litres. Aujourd’hui, on est à plus de 3700 litres par an. En fait, une fois la ruche installée, si elle est bien entretenue, les abeilles ouvrières se multiplient et la production devient de plus en plus importante. Une ruche qui, à l’installation, produit 5 litres, deux ou trois ans après, elle donne à 12, 15 litres voire plus. En dehors du miel, il y a d’autres produits des ruches tels que la propolis, la cire.
Y a-t-il des demandeurs pour ces produits ?

Il y a des demandeurs pour la fabrication des savons de beauté, des pommades et autres cosmétiques. Mais nous mettons l’accent beaucoup plus sur la production du miel. Plus on incite les abeilles à produire la propolis, cela réduit la production du miel. Or, c’est le miel qui est plus prisé sur le marché. Généralement, on utilise la cire pour faire des appâts pour capturer les essaims; on fait des refontes pour avoir des amorces qui les attirent par l’odeur.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez ?

La difficulté majeure que nous rencontrons, c’est par rapport aux pilleurs. Nous n’avons pas pu couvrir tous les chasseurs de miel dans les villages. L’apiculture était dans les villages sous forme traditionnelle. Nous identifions ceux qui la pratiquaient et comme on n’a pas pu mettre la main sur eux tous, d’autres sont tentés d’aller piller les ruches en les cassant et en brûlant les abeilles et les arbres. En période de récolte, ce n’est pas rare de voir des zones où les abeilles sont dispersées et le miel volé.

Quelle stratégie faut-il mettre en place pour développer l’apiculture, surtout que les ruches de qualité coûtent cher ?

En réalité, une ruche ne coûte pas cher au regard de sa durée. La ruche kényane, comme c’est en béton, s’il n’y a pas une branche ou quelqu’un qui vient la casser, elle peut faire dix ans et plus. 12 l x 10 x 2000 F/l, ça fait en moyenne 240 000 F Cfa sur les dix ans contre seulement 17 000 F Cfa à peu près investis au départ. C’est un combat doux, sans tapage. Le problème, c’est la sous-formation. Il faut finir avec les formateurs ambulants et en venir à des centres de formation dignes du nom qui disposent d’infrastructures adéquates et bien équipées. Et ça, l’Etat peut le faire.

Propos recueillis par Claude Urbain PLAGBETO