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La championne des droits de la femme et de l’enfant célébrée à Cotonou

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Une table ronde sur la vie de Maman Albertina Sisulu, vaillante combattante qui a lutté pour les droits de la femme et de l'enfant a eu lieu, ce jeudi 08 novembre 2018, au Chant d'oiseau de Cotonou.
Entrant dans le cadre de la célébration du centenaire de naissance de cette icône, la séance organisée par l'Ambassade de l'Afrique du Sud a connu la présence de Son Excellence Noluthando Mayende-Sibiya, son homologue du Niger, Sandi Abdou, de Dr Mathole Moshekga, parlementaire sud-africain de l'ANC, du représentant de l'UNICEF M. Serge Akpaka et de l'ancienne coordonnatrice nationale de l'Ong Wildaf-Bénin, Me Huguette Bokpè. Plusieurs dirigeantes d'ONG et autres ont également pris part à cette rencontre.

« Cette table ronde fait partie des célébrations pour rendre hommage à cette femme remarquable, qui a joué un rôle en tant que fille, épouse, mère et dirigeante. (...) Maman Albertina m'a personnellement touchée et inspirée », a affirmé Son Excellence l'Ambassadeur Noluthando Mayende-Sibiya. Ce programme a été initié selon elle, pour pouvoir réfléchir sur la vie de Maman Albertina et parallèlement examiner la situation des femmes et des enfants en Afrique du Sud, au Bénin et sur le continent.
Donnant un aperçu sur la vie de Maman Albertina, Mme Mayende-Sibiya a mentionné qu'elle est née en 1918, à la même année que Nelson Rolihlahla Mandela.
De son vrai nom Nontsikelelo Thethiwe, elle a été baptisé Albertina. Après avoir terminé ses études secondaires, explique l'ambassadeur, elle s'est installée à Johannesburg en 1940 en tant qu'infirmière stagiaire au Centre hospitalier de la ville.
« Son histoire d'amour avec Walter Sisulu, l'a amenée à aimer l'idéologie de Walter et de ses amis, y compris Nelson Mandela. Elle a rejoint le Congrès national africain (ANC) », a-t-elle déclaré.
Ayant été plusieurs fois arrêtée et placée à l'isolement, Maman Albertina a su trouver des voies et moyens pour mener convenablement son combat.
En 1990, Maman Sisulu était au-devant de la scène lors de la création du Comité National des Droits de l'Enfant (CNDE), qui a eu l'assistance financière, administrative et humanitaire de l'UNICEF.

Activiste hors pair

La création de cette organisation qui travaille en faveur des droits des enfants a permis à l'UNICEF de s'installer dans le pays en ouvrant un bureau en Afrique du Sud. A son décès en juin 2011, l'UNICEF lui a rendu un vif hommage.
Pour l'Ambassadeur Mayende-Sibiya, Maman Albertina est une femme dynamique, une « championne de droit de la femme et de l'enfant ».

Le représentant de l'UNICEF, Serge Akpaka a fait part de la contribution de son organisation pour la prévention de la violence et de l'exploitation des enfants et des femmes.
Il a présenté le cadre juridique existant au Bénin. En matière de droits de l'enfant informe-t-il, le pays a ratifié plusieurs lois. Il s'agit notamment de la rectification de la convention internationale relative aux droits de l'enfant (CDE) et la charte africaine des droits et du bien-être de l'enfant (CADBE).
Au niveau national, signale Serge Akpaka, il y a la récente promulgation du code de l'enfant qui est un document relativement exhaustive. Mais le représentant de l'UNICEF note que malgré cela les violences des enfants persistent dans les familles, les écoles, et au sein de la communauté. Selon lui, la vulnérabilité des enfants s'amplifie à cause de l'impunité des actes de violence et d'un environnement favorable à la dénonciation.
D'après l'enquête MICS en 2014, 91% des enfants de 1 à 14 ans au Bénin ont subi une agression soit physique ou psychologique, 8,8 % des femmes de 15 à 49 ans ont été mariées ou en union matrimoniale avant l'âge de 15 ans, 32 % des filles du même âge étaient en union matrimoniale avant l'âge de 18 ans.
Face à cette situation, l'UNICEF ces dernières années a mené plusieurs activités. Une campagne dénommée « tolérance zéro contre le mariage des enfants » a été faite.
Elle a impliqué le gouvernement, les leaders traditionnels, les artistes et les jeunes de la plateforme de l'organisation qui ont assuré la couverture digitale à travers les réseaux sociaux. Cette campagne a eu des impacts préliminaires notamment le nombre accru de dénonciations formelles et informelles de mariage des enfants.

Le combat de Maman Albertina, toujours d'actualité

« C'est une grâce que nous avons reçu par nature d'être multitâches », s'est réjouie Me Huguette Bokpè, ancienne coordonnatrice nationale de l'Ong Wildaf-Bénin. Selon l'avocate, la vision du réseau Wildaf-Bénin est de voir l'avènement d'un Bénin où toutes les femmes connaissent leurs droits et en jouissent effectivement. Pour y parvenir, l'ONG utilise plusieurs moyens tels que : la formation, l'éducation, la sensibilisation, le plaidoyer, la défense et la prise en charge des victimes.
La mission que Maman Albertina a reçu est pour elle une mission universelle qui est toujours d'actualité puisque nous vivons les même maux. Outre le poids de l'apartheid explique-t-elle, Maman Albertina luttait en tant que défenseur des droits des femmes, contre un système patriarcal avec la division sociale des rôles, contre l'exclusion des femmes du marché du travail, les inégalités dans les rémunérations, la présence massive des femmes dans l'emploi domestique et agricole, l'absence de la vie publique et politique des femmes.
« Ces combats pour lesquels, Maman Albertina Sisulu a lutté à son époque est encore d'actualité. Nous devons poursuivre ce combat, pour l'éducation des filles, pour l'autonomisation de la femme », a martelé Me Huguette Bokpè.
Elle a évoqué plusieurs cas où les femmes, même en état de violence, préfèrent subir plutôt que d'avoir le courage de dénoncer au risque de se voir bannir de leur foyer. Raison pour laquelle, il faut selon Me Huguette Bokpè, des structures qui dans ces cas-là, peuvent accueillir et héberger ces victimes.
« Nous avons besoin de jeunes, passionnés et volontaires », signale-t-elle.
Selon les statistiques de la 5ème enquête démographique et de santé qui a été réalisée pour la période 2017-2018 par l'INSAE, 32 % des enfants souffrent d'un retard de croissance liée à la malnutrition, 55 % de femmes âgées de 15 à 49 ans n'ont aucun niveau d'instruction, une adolescente sur cinq a déjà commencé une vie reproductive, et 25% seulement de femmes ont un niveau secondaire. A tout cela s'ajoute la faible participation des femmes à la vie publique et politique et à la prise de décision.
‹‹ Le combat est encore d'actualité (...) ››

« Cette célébration est pour nous un rappel, pour que nous puissions savoir que le combat est encore d'actualité et qu'il faut l'intensifier », a-t-elle conclu.
Les participantes de cette table ronde après avoir relevé le bien-fondé de la table ronde ont apporté diverses contributions sur le sujet.
L'ambassade de l'Afrique du Sud n'a pas manqué de remercier tous ses partenaires pour leur soutien et accompagnement, ainsi que tous ceux qui ont participé aux activités effectuées dans le cadre de la célébration du centenaire de naissance de Nelson Mandela et de Maman Albertina Sisulu.
Akpédjé AYOSSO (Stag.)