Accueil ACotonou Maurice Gbèmènou, directeur exécutif du Réseau des Ongs pour les Objectifs de...

Maurice Gbèmènou, directeur exécutif du Réseau des Ongs pour les Objectifs de développement durable: « C’est l’occasion de faire le bilan des Odd »

36
0
PARTAGER
Maurice Gbèmènou, directeur exécutif du Réseau des Ongs pour les Objectifs de développement durable: « C’est l’occasion de faire le bilan des Odd »

Les Objectifs de développement durable (Odd) intègrent largement les femmes. Maurice Gbèmènou, directeur exécutif du Réseau des Ongs pour les Objectifs de développement durable (Rodd) fait un point de la mise en œuvre de ces objectifs au Bénin relativement à l’autonomisation des femmes. Il souligne l’implication qui doit être la leur dans la réalisation de cet agenda.

La Nation : La cible 5.1 de l’Objectif de développement durable 5 engage les Etats à mettre fin aux discriminations à l’égard des femmes et des filles. Où en sommes-nous au Bénin ?

Maurice Gbèmènou : Nous sommes à l’an 3 des Objectifs de développement durable (Odd) qui coïncide avec le 73e anniversaire des Nations unies. C’est l’occasion de faire le bilan des trois ans de la mise en œuvre des Odd au Bénin et un zoom sur la situation de la femme. Les Odd prennent en compte toutes les catégories sociales. Mais les études au Bénin montrent encore l’ampleur des violences dans le rang des femmes, en termes de maltraitance, de non-respect de leurs droits, de l’inégalité entre les potentialités. Les Odd viennent repréciser certains aspects pour nous amener à corriger nos comportements vis-à-vis des femmes. L’Odd n°5 oblige les acteurs à avoir un regard spécifique sur les questions touchant aux femmes et les violences basées sur le genre.

Qu’en est-il des Odd 1 et 2 qui insistent sur la réduction de la pauvreté et la lutte contre la faim lorsqu’on sait que les communautés rurales sont les plus grandes productrices de ce que nous consommons ?

L’Odd 1 et 2 sont complémentaires. On dit souvent que lorsque la faim quitte la pauvreté, la misère s’estompe. Dans le schéma économique, les femmes, notamment celles rurales, jouent un rôle indéniable. Leur poids démographique renseigne déjà sur leur contribution au développement. Elles jouent un rôle prépondérant dans l’atteinte de ces deux objectifs à travers les productions végétales, animales, de services... Sans la production, on ne peut avoir les denrées nécessaires pour survivre. Les femmes étant plus présentes dans le commerce, dans les productions champêtres, alimentaires et végétales, il nous faut penser à comment renforcer leur pouvoir d’achat, leur autonomisation afin qu’elles soient totalement indépendantes et s’affirmer. Nous positionnons la femme comme un acteur clé dans l’atteinte des Odd 1 et 2.
En réalité, les Odd sont comme des toiles d’araignées. Lorsqu’on touche une des cibles, on est obligé de rentrer dans ses différentes ramifications. Il est difficile d’enlever la femme dans ce processus de développement. Elle est au début et à la fin. L’éducation et l’épanouissement de la famille reposent sur ses épaules.

L’Odd n°4 table justement sur l’éducation de qualité pour tous. Quelles doivent être les implications pour les femmes elles-mêmes ?

Ce sont les femmes qui éduquent les futurs responsables. Lorsque la nouvelle génération de filles reçoit une éducation de mauvaise qualité, elle va la répercuter sur les futures générations. Cela va engendrer des cas sociaux. C’est en cela que l’éducation doit être de très bonne qualité et égalitaire entre les sexes. Il faut que les parents cessent de privilégier les garçons au détriment des filles. La mauvaise répartition des rôles à la maison agit sur le rendement des enfants à l’école. Il faut aller au-delà de cet objectif en réduisant les discriminations et les inégalités. Lorsque la fille est bien éduquée, instruite et épanouie, elle a un niveau de connaissance pour mieux gérer son foyer plus tard. L’accent mis sur l’éducation des filles est très capital, parce que les retombées s’observent dans tous les secteurs.

Vous insistez sur la lutte contre les inégalités. Qu’en est-il de la veille citoyenne que mènent les Organisations de la société civile pour aider le Bénin à réaliser l’Odd 10 qui se focalise sur la question ?

Les inégalités s’observent à plusieurs niveaux. Elles s’observent entre les pays, à l’intérieur des Nations, des départements, des communes et des foyers. Nous devons situer les responsabilités. Le rôle de la société civile est de tirer la sonnette d’alarme chaque fois qu’elle fait un constat de bastonnades, des violences et des discriminations, pour alerter les pouvoirs publics, afin qu’ils puissent sensibiliser les populations sur leurs rôles et responsabilités sur cette thématique. La création des centres d’écoute peut leur permettre également d’agir au bon moment, au bon endroit et en temps réel. La synergie d’actions entre la société civile et les pouvoirs publics permet de ne laisser personne de côté, notamment les femmes et les couches vulnérables dans le processus de mise en œuvre de l’agenda de développement 2030.

Les vulnérabilités sont encore présentes dans le rang des femmes lorsqu’on considère la cible 3.1 de l’Odd n°3 qui s’attaque à la réduction de la mortalité maternelle. Le Bénin n’est-il pas loin du compte au regard du faible taux qu’il affiche en la matière ?

La cible 3.1 de l’Odd 3 indique qu’il faut faire passer le taux de mortalité maternelle au-dessus de 70 pour mille naissances vivantes. Le Bénin est encore très loin du compte en ce qui concerne la réduction de la mortalité maternelle. L’Odd 3 vise la promotion de la bonne santé et du bien-être. Il n’y a pas de développement sans la santé. Lorsque vous tombez malade, votre santé reçoit un coup et cela se répercute aussi sur votre entourage. C’est le niveau de vie des pays qui définit les plateaux techniques et la bonne gouvernance dans le secteur sanitaire. Toutefois, on peut être pauvre et être propre et digne. Les virus, responsables des maladies, proviennent de l’insalubrité et du manque d’hygiène. Lorsque le cadre de vie n’est pas sain et attrayant, cela engendre des pathologies. Et à ce niveau aussi, les femmes sont responsables. Lorsqu’elles veillent à tous ces aspects, cela augmente leur pouvoir d’achat, car elles dépensent moins d’argent dans les soins de santé. On ne conçoit pas qu’une femme perde sa vie en voulant donner la vie. Au niveau de l’Odd 3, la responsabilité de tous les acteurs sanitaires est engagée. En tant qu’Ong, nous devons interpeller tous les acteurs afin qu’ils jouent convenablement leurs rôles.

Quel lien peut-on alors établir entre l’autonomisation des femmes et l’Odd n°8 qui aborde la question du travail décent et de la croissance économique ? Et quelle est votre responsabilité ?

Le Rodd travaille avec environ 400 Ongs sur les différentes thématiques concernant les Odd. Lorsque les gens n’ont pas d’emplois et de revenus, ils ne peuvent pas s’offrir un logement, de l’eau, de l’électricité. Nous devons travailler pour l’autonomisation des femmes, sinon, la préoccupation restera une bombe à retardement pour notre pays. La première des choses, c’est de faire la cartographie et le répertoire des compétences au Bénin, afin d’avoir une idée claire de la situation du travail. On ne peut rester en vase clos et penser à la place des gens qui souffrent. Il faut les associer afin qu’ils proposent aussi des approches de solutions. C’est aussi le cheval de bataille du Rodd. Il faut orienter les jeunes et les femmes, les insérer dans la vie active de sorte à encourager le militantisme social en leur sein. L’Odd 8 est transversal et fondamental. Si nous voulons atteindre les Odd en 2030, nous devons attaquer le mal par la racine, en aidant les hommes à se prendre en charge et en aidant doublement les femmes à être autonomes. Lorsque la femme est autonome, elle prend mieux soin de ses enfants.

Comment la femme peut-elle être autonome lorsqu’elle est confrontée aux problèmes d’accès à la terre  et de sécurisation foncière?

Nous sommes dans un système de tendance lourde. Les réalités socioculturelles au Bénin ne permettent pas encore à la femme d’avoir droit à la parole en matière foncière. L’attribution de la terre est perçue comme un sacrilège dans certains milieux. Ces éléments constituent des tendances lourdes qui arrièrent notre pays. Les communautés pourront comprendre l’enjeu à la faveur des sensibilisations. C’est progressivement que nous allons travailler à corriger la mentalité des gens. Lorsque la femme accède à la terre, les impacts se font ressentir sur toute sa famille et la société. Lorsqu’on l’écarte de ce bien de production, on perd de la valeur ajoutée. Il faut véritablement œuvrer en faveur de l’accès des femmes à la terre.

En définitive, le principe des Odd, c’est de ne laisser personne sur les bords. Quel est l’engagement des Osc dans ce sens ?

L’universalité et l’approche intégrée des Odd est de ne laisser personne de côté. Nous œuvrons en faveur de l’intégration des différentes parties prenantes afin de relever ce défi. Les jeunes, les enfants, les femmes, les personnes handicapées, les personnes du troisième âge, les communautés rurales, tous sont concernés par les Odd. Nous plaidons en faveur de l’appui des partenaires techniques et financiers afin d’apporter les informations vers les populations à la base et dans les milieux les plus reculés. Lorsque les gens ne sont pas informés ou sont mal informés, les réformes peuvent ne pas porter leurs fruits.

  • Benin
  • Informations
  • Maurice Gbèmènou
  • Réseau des Ongs
  • Objectifs de développement durable