Accueil 24h au Benin Nos coutumes dévoreuses de nos enfants

Nos coutumes dévoreuses de nos enfants

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(Par Roger Gbégnonvi)

​Le Conseil des Ministres du 18 avril 2018 a épinglé 17 directeurs d'école accusés d'avoir dérobé une partie des vivres destinés à leurs écoliers. On augmente l'effectif réel des enfants et on emporte chez soi la plus-value frauduleuse. Un journal a accusé l'Etat d'avoir, ce 18 avril, épargné les siens directeurs tout aussi chapardeurs. Ils seraient donc plus de 17 à avoir volé leurs écoliers. L'affaire ne mériterait qu'un ‘‘bof !'' et, rigolant, on poursuivrait son chemin, si elle n'était le reflet exact et cruel d'un certain aspect de nos coutumes volontiers dévoreuses de nos enfants, coutumes infanticides quand elles jugent le meurtre nécessaire.
​Car ici ou là, au Bénin, le bébé est décrété sorcier et supprimé à sa naissance parce qu'il est venu à nous par le siège ou la face contre le sol, etc. Il est sorcier. Mais ses parents ne le sont pas et continueront à procréer. Sereins. En quoi est sorcier le tout petit innocent qui porte sur la gencive une membrane prise pour une dent ? Il est sorcier parce que nos coutumes l'ont décrété tel. Et nos coutumes, si prévoyantes par ailleurs, n'ont rien prévu d'autre que la mort pour éradiquer ce malheur incarné. Pas de fumigation qui désensorcelle le bébé condamné afin de lui permettre de vivre. Bizarre. Informé de cette bizarrerie, quelle formule scatologique le cher Donald Trump ne balancerait-il pas sur nos chères coutumes ?
​Nos coutumes ne respectent pas l'enfant pour lui-même. Les parents exigent que l'enfant leur soit de quelque profit. C'est pourquoi elles ont prescrit que chacun doit avoir une progéniture abondante. Et le mâle est fier de semer à tout vent sans le moindre souci de se fixer quelque part. Et la femme est heureuse d'aligner six à huit enfants qui sont la preuve nombreuse qu'elle a bien accompli son destin de femme. Le président Macron a eu droit, de notre part, à une volée de bois vert pour avoir expliqué notre non développement par cette procréation sans retenue. Il n'avait pourtant dit que la moitié de la vérité, l'autre moitié étant que la femme qui élève, très souvent seule, ‘‘six à sept enfants'', n'a même pas de quoi en élever convenablement deux, et donc n'élève pas vraiment les six ou sept qu'elle a. C'est donc notre avenir qui est laissé à l'abandon à travers ses enfants affamés et en guenilles.
​Les lettrés, hommes et femmes, dérogent à nos coutumes infanticides, sans respect pour l'enfant. Ils s'exilent de leur ethnie quand elle peut décréter sorciers des bébés, et s'arrêtent à quatre enfants environ pour pouvoir leur donner une éducation porteuse d'avenir. Les hérauts de nos coutumes disent que ces lettrés sont des avaricieux parce que ses revenus permettraient à un professeur voltigeur de lever (sans devoir les élever) deux à trois équipes de football, réparties entre plusieurs ‘'bureaux''. Mais si les lettrés respectent leurs enfants et refusent qu'on les dise sorciers, ils se soumettent à nos coutumes quand il s'agit des enfants d'autrui. Voilà pourquoi l'on découvre des instituteurs en train de manger les sacs de riz de leurs écoliers. Nos coutumes le permettent. Les enfants sont tout bénéfice.
​Nos lettrés, hommes et femmes, qui ont écrit notre Constitution du 11 décembre 1990, y ont mis partout le respect des droits de l'homme avec, ici et là, de jolis clins d'œil à l'enfant. Art. 12.- ‘‘L'Etat et les collectivités publiques garantissent l'éducation des enfants et créent les conditions favorables à cette fin.'' Art. 13.- ‘‘… L'enseignement primaire est obligatoire …'' Pas un article toutefois qui porte condamnation explicite de l'infanticide rituel. Et point de ‘‘conditions favorables'' à l'éducation lorsque, sous prétexte de grève, les éducateurs privent les écoliers de plus d'un trimestre d'école et pillent les cantines scolaires.
​Et voici Aimé Césaire en colère : ‘‘Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte.'' Pour ne pas devenir mortellement atteints, nous devons maintenant arracher nos coutumes à l'instinct et les rendre à l'humain.