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Lutte contre la cybercriminalité: Des bars climatisés et restaurants connaissent la mévente

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Des bars climatisés et restaurants connaissent la mévente

On s’imaginait bien que la traque lancée depuis quelques jours contre les cybercriminels ne manquera pas d’avoir des conséquences sur certaines activités dans la ville de Cotonou. Le week-end pascal et bien avant, nombre de bars climatisés, restaurants et autres lieux de distraction ont chômé. Pas de trace des jeunes branchés en général dépensiers. Conséquence, les promoteurs de bars et autres craignent des jours plus tristes pour leurs affaires dans les prochaines semaines.

Le complexe « Jet7 » situé à Godomey n’a pas connu, lundi 2 avril dernier, l’affluence qu’escomptait son promoteur. Il est resté quasi vide, sans grand monde. Pourtant, Uriel Alapini qui en est le responsable a mis les bouchées doubles. Le tarif a été revu à la baisse. Les locaux ont été réaménagés. Pour le lundi de pâques, ce promoteur prévoyait le grand show avec sa « clientèle spéciale ». Mais au finish, rien. Son désarroi, raconte-t-il, avait commencé depuis la veille. Il avait prévu de rééditer « la nuit du Jp Chenet » organisée l’année dernière et qui a connu une grande affluence. Fameuse nuit au cours de laquelle le champagne a coulé comme de l’eau. « Certains clients se sont offert des bains en direct dans le bar avec du Jp Chenet », souffle à côté de lui, le Dj de la boîte qui se plaint d’avoir passé une nuit sinistrée « à jouer de la musique pour les chaises vides ».
Les serveuses de Jet7, elles, avec leurs tresses multicolores avaient rêvé de s’en mettre aussi plein les poches, grâce aux pourboires de cette ‘’soirée de ouf’’. Mais en vain. Les acteurs tant attendus de la fameuse fête n’ont pas été au rendez-vous. Pourtant, certains parmi eux avaient fait des réservations et juré ‘’gâter le coin’’ au nom de la résurrection du Christ. Que s’est-il donc passé ? « La faute est à la Police républicaine », lance furieuse une serveuse. Sans être aussi péremptoire, le maître des lieux bémolise que ce coup raté est la conséquence de la traque livrée aux cybercriminels depuis plusieurs jours.
Rentré de Côte d’Ivoire depuis plus de trois ans, celui-ci ne nie pas que sa clientèle est constituée en majeure partie « des jeunes nouveaux riches de Cotonou ». L’appellation cybercriminels ou « gaymen », il n’aime pas trop. « Pour moi, ce sont des jeunes devenus subitement riches », rectifie-t-il par enphénisme. Et c’est cette clientèle que l’homme dit avoir espérée en vain durant le du week-end pascal.
Avec l’opération de démantèlement des nids de cybercriminalité lancée par les hommes en bleu, les « amis du clavier » ont préféré se cacher. Plusieurs parmi eux ont été pris, ces derniers jours, aux frontières, à l’extérieur du pays, ou retranchés dans des hôtels à l’intérieur du pays. Conséquence, les coins chauds de Cotonou chôment et sont déserts.

On risque de fermer !

A trois rues de la Jet7 en allant vers Fidjrossè, c’est un maquis qui fait également les frais de cette traque. Les abonnés au « Retour d’Abobo » ont laissé la gérante à son sort. « Des ventes journalières de 150 000 F Cfa, voire 200 000 F Cfa, nous sommes passés à 50 000F et parfois durant toute la semaine d’avant Pâques », confesse non sans dépit la responsable. Deux de ses ouvrières (une à la cuisine et une serveuse) ont été remerciées le week-end d’avant Pâques. « D’autres partiront encore », assure-t-elle. « La mévente est criante », reprend-elle. « Ils ont tous fui et c’est nous qui en payons le prix », se lamente encore la spécialiste du mets ‘’Atchièkè’’.
Loin d’être des cas isolés, ces situations traduisent le malaise qui affecte les secteurs de la restauration et des bars climatisés dans la ville de Cotonou et ses environs depuis la guerre ouverte contre les cybercriminels. Nous avons joint au téléphone le promoteur du bar « Level3 » dans la commune d’Abomey-Calavi qui, lui aussi, n’a pas hésité à confirmer que « ça va mal ». La mévente est générale, laisse-t-il entendre, inquiet. « Son bar climatisé s’est soudainement vidé de sa clientèle », confesse-t-il. Pourtant, il y a quelques trois semaines encore, les lieux grouillaient de monde, surtout les week-ends. Des dizaines de casiers de boissons se vidaient au fil des heures et la fumée de la chicha emballait le bar, indique au téléphone le promoteur du bar « Level3 ». « Mais ces derniers jours ont été secs et on se demande si on ne risque pas de fermer », s’inquiète-t-il.

Traque sans pitié

Les inquiétudes des promoteurs de bars iront grandissantes au regard de la volonté affichée par le gouvernement de mettre hors d’état de nuire les cybercriminels, faux féticheurs et autres tueurs qui sèment la terreur dans le pays. Mardi 27 mars dernier au cours d’une rencontre avec les dignitaires des religions endogènes, des membres du gouvernement et des autorités à divers niveaux ont promis de leur mener la vie dure. Ils ont été identifiés comme des ennemis du développement et contre lesquels les autorités veulent sévir avec la dernière rigueur.
« L’Etat a la responsabilité et le devoir de sanctionner et de réprimer avec rigueur si ces actes sont avérés » afin que « de tels actes ne se perpétuent dans un Etat de droit », avait déclaré à l’occasion le ministre de la Justice, Joseph Djogbénou. « En tant qu’autorité de police administrative, nous sommes les premiers concernés. Nous avons pour ambition de faire en sorte que la quiétude soit totale », s’était engagé de son côté, le préfet Modeste Toboula du Littoral. « Le gouvernement va enclencher une lutte sans faille pour décourager », disait le ministre en charge de la Sécurité publique, Sacca Lafia. En somme, la traque ne fait que commencer et les commerçants qui tenaient leurs sources de revenus des forfaits des ‘’gaymen’’ auront du mal à maintenir leur business.