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Développement communal: L’eau, un handicap à Sô-Ava

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Développement communal: L'eau, un handicap à Sô-Ava

La commune lacustre de Sô-Ava, département de l’Atlantique, dispose d’importants atouts halieutiques, touristiques et culturels qui font sa renommée. Mais elle est noyée dans des difficultés qui l’empêchent d’émerger en matière de développement.

Sô-Ava paie souvent au prix fort sa réputation de cité lacustre. La commune subit la dictature de l’eau qui ne lui permet pas de se développer. S’il est généralement admis que « l’abondance du bien ne nuit pas », la période de crue dans cette cité trahit bien cette assertion. L’eau qui est une force en saison sèche devient une véritable menace en temps de pluie. La montée des eaux n’est pas pour faciliter la libre circulation des personnes et des biens.
« Si vous étiez venus ici pendant la crue, il y a environ trois mois, vous n’allez pas pouvoir traverser le lac pour rallier votre point de chute », affirme le maire Léoné Sergio Hazoumè.
La situation perturbe énormément les activités économiques. « Pendant cette période, nous restons ici sans mener des activités, au risque de faire face à d’autres dégâts », développe-t-il.
La profondeur de l’eau est estimée à 2m pendant la saison sèche et atteint les 10m pendant la crue, renseigne l’autorité municipale.
Au-delà de ces considérations, Sô-Ava est également mal lotie. Son déséquilibre tient du fait qu’elle ne dispose pas suffisamment d’infrastructures sociocommunautaires pouvant offrir de meilleures conditions de vie à ses populations. L’accès à l’eau potable constitue encore un véritable casse-tête. « Nous n’avons pas suffisamment de ressources pour faire développer notre commune », se plaint le maire. Pire, la cité lacustre doit également faire régulièrement face aux maladies hydriques telles que le paludisme, le choléra, la diarrhée, la bilharziose, sans une mesure spéciale de prévention en faveur des enfants. « Nous sommes nés dans ces conditions et nous y avons grandi. On fait avec », se résigne le premier citoyen de la cité lacustre.
Toutefois, la seule caractéristique de la cité lacustre ne se limite pas à l’étendue de ses eaux. Difficile parfois d’aller d’une maison à une autre sans prendre la pirogue. Le transport fluvial est assuré avec gaieté par de jeunes gens qui maîtrisent apparemment leur job.
Mieux, la commune peut se targuer d’une renommée touristique et culturelle du fait de ses vestiges coloniaux et de ses anciens champs de tirs, érigés à Dékanmè, à Ganvié, tous des arrondissements et à Gbessou (village de Houédo-Aguékon). Elle figure au rang des sites dont le potentiel touristique est reconnu et classé comme patrimoine mondial de l’Unesco. Avec ses biblio-pirogues, y séjourner devient un bonheur pour les amoureux de la littérature et du tourisme. Ce sont des pirogues que l’on retrouve à Sô-Tchanhoué, un des arrondissements de la commune. Lesquelles sont montées avec des bouquins et qui circulent sur l’eau et parcourent les arrondissements pour séduire et combler la soif des touristes. Le plan de développement communal fait d’ailleurs la part belle au secteur du tourisme.
La cité lacustre se caractérise également par la culture des produits agricoles. Plusieurs arrondissements sont érigés sur la terre ferme où est pratiquée l’agriculture. « Nous avons des terres exploitables à plus de 40% de superficie et des espaces fluviaux estimés à près de 60% », précise le maire. Ce sont ces espaces terrestres qui abritent les forêts sacrées, les mangroves, les palmeraies….

L’activité de pêche

Commune lacustre, Sô-Ava conserve la réputation de la première localité pourvoyeuse de ressources halieutiques du Bénin, notamment le poisson. C’est cette production qui ravitaille les marchés intérieurs en poissons. La commune participe dans une proportion non négligeable à la production totale de la pêche au Bénin. L’activité est très développée grâce aux nombreux plans et cours d’eau et mobilise beaucoup de personnes, les nationaux comme les étrangers. La pêche, telle que pratiquée ici, fait appel à une panoplie de méthodes. Au nombre de celles-ci, on peut citer les ‘’acadja’’ (branchages dans l’eau qui servent de refuge aux poissons), la méthode appelée ‘’Epervier’’ qui consiste pour les pêcheurs à lancer des filets pour attraper les poissons. Il y a également la pêche à l’hameçon, la pêche à la nasse et la méthode dite ‘’Egnonnato’’ (une activité où les pêcheurs mettent leurs filets sous forme de nasse dans le vide pour attirer les poissons), sans oublier aussi les trous à poissons. Pour autant ces différentes techniques anciennes de pêche qui nécessitent notamment la compétence physique des hommes, ne contribuent pas toujours à la multiplication des poissons, tel que souhaité.
Si Sô-Ava nourrit le Bénin de ses produits halieutiques, le paradoxe est qu’il n’y a jamais eu de marché de poissons dans la localité, renseigne la première autorité de la commune, Léoné Sergio Hazoumè.
Toutefois, la contribution des femmes à l’écoulement et à la valorisation de cette activité reste très remarquable. « Sans les femmes, la pêche ne peut pas prospérer; ce sont elles qui vont chercher les produits halieutiques pour la commercialisation », soutient le maire de la localité.
Si autrefois l’entrée dans l’eau était régie par des interdits pour les femmes de la localité, les croyances religieuses ont aidé aujourd’hui à dépasser ces considérations, de sorte que tous participent aujourd’hui au développement de la pêche.
Les ressources issues de cette activité sont destinées aussi bien à la consommation publique qu’à celle familiale. Une autre partie des ressources est investie dans l’achat des barques et sert aux dépenses familiales des pêcheurs, ainsi qu’au développement de la commune, explique l’autorité municipale. Mais Sô-Ava peine toujours à prendre son envol.

Manque d’initiatives fortes

Les ristournes perçues comme frais de tourisme, depuis plus de vingt ans, n’ont guère favorisé son développement, se désole-t-il. Selon lui, les réflexions en cours pour élaborer des projets pour redorer le blason de la commune.
Sauf que les atouts culturels qui faisaient la fierté de la commune autrefois se meurent à petits coups, faute d’une politique gouvernementale de valorisation et de développement de la cité.
Ganvié, fièrement baptisée la Venise de l’Afrique et dont le poids touristique et culturel pèse dans la balance de développement de la commune, attend aujourd’hui sa réhabilitation pour attirer davantage de touristes. Ses habitations naturelles qui jadis, étaient une fierté sont dénaturées et certaines voies d’accès, obstruées.
Pour rendre à la commune ses lettres de noblesse, il va falloir asseoir une politique de développement autour de la pêche qui constitue une activité économique importante dans la localité mais encore mal contrôlée.
Pour le maire de Sô-Ava, très peu de politiques venant du ministère de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche sont orientées vers le domaine de la pêche aujourd’hui. Or, plaide-t-il, il est plus aisé de promouvoir la pêche que l’agriculture. « Si ce n’est pas l’actuel gouvernement qui est en train de nous surprendre agréablement, nous avons l’impression que la commune est souvent oubliée dans les politiques de développement », se désole-t-il.
Dans un autre registre, l’assainissement de l’eau (lac) à Sô-Ava doit être inscrit au rang des priorités, du fait de sa pollution avancée. Ses alentours sont par endroits de véritables entrepôts, pendant que lui-même reçoit par moment des déchets solides ménagers qui ornent ses façades.
Autant de réformes urgentes à asseoir pour ne pas provoquer la noyade de la belle cité lacustre du Bénin.

Origine du nom Sô-Ava

Sô-Ava tient son nom d’une de ses rivières appelée Sô et Ava désigne ceux qui mènent des activités autour de ladite rivière, informe le maire. La commune s’étend sur 218 km² et compte 118 547 habitants depuis le dernier recensement de la population. Elle est le chef-lieu de la commune dont elle porte le nom. Et est composée de sept arrondissements à savoir, Houédo-Aguékon, Sô-Ava, Ganvié 1 et 2, Vekky, Dékanmè qui fait frontière avec l’Ouémé, et Ahomey-Lokpo, frontalier à Dangbo.

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