Accueil ACotonou Coups mortels (4e dossier): Six ans de travaux forcés pour Hermann Méyèvi

Coups mortels (4e dossier): Six ans de travaux forcés pour Hermann Méyèvi

211
0
PARTAGER
Coups mortels (4e dossier): Six ans de travaux forcés pour Hermann Méyèvi

La cour d’assises de Cotonou a connu, ce mardi 20 juin, de son quatrième dossier portant sur une affaire de coups mortels pour le compte de sa session supplémentaire démarrée lundi dernier. La trentaine, l’accusé est reconnu coupable des faits de coups mortels et est condamné à six ans de travaux forcés.

Six ans de travaux ! C’est le verdict auquel a abouti le procès d’Hermann Méyèvi accusé de coups mortels sur Jacques Azogan dans la nuit du 25 mai 2011 à Ouidah. A la barre, l’accusé a globalement collaboré avec la cour pour la manifestation de la vérité même s’il a, par moments, tenté de faire croire qu’il n’a porté à la victime qu’un coup à la main gauche, alors que cette dernière brandissait une paire de ciseaux. Il a soutenu que c’est un certain Amadou, gardien, qui lui a donné le deuxième coup. Mais, pour le confondre, la présidente lui a montré des photos de la victime dont le corps porte des blessures aussi bien aux deux poignets qu’à la tête. A la vue de ces photos, il semble avoir été touché et a fini par lâcher : « Je suis seul à lui porter les coups aux deux mains et à la tête ». Selon lui, ces coups étaient destinés à l’immobiliser pour qu’il soit pris. Et il n’a pas hésité à ajouter : « Le gardien d’une cafétéria l’a bloqué avec un gourdin pour qu’il ne fuie pas.» Les déclarations de dame Audrey Gbanhoun, témoin des faits, confirment que la victime est un voleur.
Marc Robert Dadaglo, dans le rôle du ministère public, a cherché à comprendre les réelles intentions de l’accusé en donnant tous ces coups de machette. « Avec tous ces coups, pensez-vous que le nommé Jacques Azogan allait s’en sortir vivant ? » A cette question, l’accusé Hermann Méyèvi a martelé qu’il n’a pas décidé de tuer la victime en lui portant des coups. Mais réalisant la gravité des conséquences de son acte devant la cour, l’accusé a voulu ruser pour ne pas porter la responsabilité de la mort de la victime. « Il est mort parce que les infirmiers pour avoir retrouvé dans sa poche une paire de ciseaux ont su qu’il est un voleur et n’ont pas voulu lui donner les soins pour lui sauver la vie », se défend-il. Mais l’avocat général rectifie : « Ce n’est pas le défaut de soins qui a ôté la vie à la victime mais plutôt les coups que vous lui avez donnés surtout à la tête, une partie sensible du corps.»

Circonstances atténuantes

Dans son réquisitoire, Marc Robert Dadaglo a indiqué que les faits montrent que l’accusé a porté des coups et fait des blessures à Jacques Azogan au point d’entraîner la mort de celui-ci. Ces faits sont prévus et punis par l’article 309, alinéa 4 du Code pénal. Toutefois, se référant à certaines réponses de l’accusé, l’avocat général soulignera qu’il n’a pas eu l’intention de donner la mort à la victime. « Quand les populations voulaient brûler la victime, l’accusé s’y était opposé », a-t-il relevé pour écarter l’intention de donner la mort. Il a aussi noté que l’accusé a bien collaboré avec la cour pour la manifestation de la vérité. Il évoque aussi l’enquête de moralité qui est favorable à l’accusé. Au regard de ces détails, il a conclu que « les coups de l’accusé sont allés au-delà de son intention ». Alors, il a demandé à la cour de le déclarer coupable d’avoir porté des coups et fait des blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Et de le condamner à dix ans de travaux forcés.
La défense assurée par Me Alphonse Adandédjan rend hommage au ministère public qui a reconnu la collaboration de son client. Toutefois, le conseil a jugé excessive la sanction proposée. L’accusé, selon lui, a agi pour se défendre et laver son honneur. Accusé injustement de vol par les siens, a rappelé Me Adandédjan, il a décidé de découvrir le vrai voleur et il a réussi à le faire. Mais le voleur en la personne de la victime était armé d’une paire de ciseaux qu’il a brandie contre l’accusé et son ami Hamadou. « L’intention de mon client était d’immobiliser le voleur et non de le tuer », a-t-il fait observer à la suite du ministère public. Il invitera la cour à observer de larges circonstances atténuantes en faveur d’Hermann Méyèvi. De même, a-t-il soutenu, il y a beaucoup d’excuses pour le condamner au temps déjà passé en détention.
Après la délibération, la cour déclare l’accusé coupable d’avoir volontairement porté des coups et fait des blessures au nommé Jacques Azogan, avec la circonstance aggravante que ces derniers ont entraîné la mort sans intention de la donner. Ces faits étant prévus et punis par l’article 309, alinéa 4 du Code pénal, la cour le condamne Hermann Méyèvi à six ans de travaux forcés, temps couvert par sa détention préventive. Il est désormais libre au grand soulagement de ses parents chrétiens catholiques qui n’ont pas hésité à remercier le ciel en s’agenouillant dès l’annonce du verdict, chapelet en main?

Les faits

Dans la nuit du 25 mai 2011 aux environs de 2 h, les nommés Hermann Méyèvi et Amadou, gardien de nuit de la pharmacie Gbèna à Ouidah ont vu deux individus entrer dans la rue derrière la maison de Hermann Méyèvi et se sont levés pour les surveiller. Les voyant venir, les deux personnes se sont accolées à un mur. Hermann Méyèvi et Amadou ayant crié : Ô voleur !, les deux suspects ont escaladé le mur mitoyen du domicile de Méyèvi. L’un des présumés voleurs a réussi à prendre la fuite tandis que le second, le nommé Jacques Azogan, a été rattrapé et a fait face à Hermann Méyèvi avec une paire de ciseaux.
Hermann Méyèvi et Amadou lui ont porté des coups de machette aux poignets gauche et droit, à la tête et un peu partout sur le corps.C’est alors qu’il a repris la fuite mais a été rattrapé avec l’aide d’un autre gardien de nuit. Au cri de « Ô voleur ! » de ses poursuivants, d’autres personnes l’ont roué de coups de pieds avant l’arrivée sur les lieux des sapeurs pompiers et de la police.
Transporté d’urgence à l’hôpital, Jacques Azogan a succombé des suites de ses blessures.
Interpellé et inculpé de coups mortels, Hermann Méyèvi a reconnu les faits à l’interrogatoire de première comparution, mais a soutenu à toutes les étapes de la procédure qu’il n’a porté qu’un seul coup de machette au poignet gauche de la victime.

Composition de la cour de céans

Président : Eliane Noutaïs Guézo
Assesseurs : Ferdinand Dégbèlo
Martial Boko
Greffier : Alain Kakpo
Ministère public :Marc Robert Dadaglo
Jurés : Alexandre Quenum, Jean-Baptiste Damado, Wilfried Tchédjanahou Hodonou et Louis Gbogbanou