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Santé du chef de l’Etat : Du ‘’voyeurisme’’ et du devoir d’informer

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Santé du chef de l’Etat : Du ‘’voyeurisme’’ et du devoir d’informer

 

Lorsqu’elle est découverte, la bêtise est bien souvent orpheline. Il en est ainsi des déclarations intempestives par lesquelles certains se sont illustrés au sujet de la santé du chef de l’Etat.

Dis-moi de quoi tu souffres et je te dirai si je suis voyeur ! Ainsi pourrait s’intituler le film, un drame woodyallenien, tourné sous les tropiques, le fun en moins. Mais point de clap ! Du moins de tournage. Mais le clap de fin, sur le torrent de commentaires, bien souvent intempestifs sur l’absence du chef  de l’Etat vient de retentir. Il aura suffi pour cela d’un petit communiqué, pour mettre fin à l’hallali ! Comme quoi, les théoriciens du concept de ‘’satiété’’ ont raison : il suffit bien souvent de peu pour que toute avidité de consommation cessa !

Et c’est bien ce qui arriva, avec cette affaire de santé du chef de l’Etat, qui a mis à rude épreuve les notions de pudeur, de retenue voire même de bon sens. Car, en définitive, ceux qui ont instrumentalisé cette banale affaire, ceux qui se sont épanchés, via les réseaux sociaux libertins à bien des égards, ont soudain le nez bien long, face à l’option de  transparence inédite faite par le président Patrice Talon. Et depuis, comme par enchantement, point de commentaires, les muses de l’inspiration à volonté malveillante ont déserté le forum, dirait-on.

Quelle reddition ! Pour quel compte !

Rien n’oblige le président de la République, au Bénin pas plus qu’ailleurs à cette redevabilité, à publier son bulletin de santé, au point de livrer des détails intimes sur son intégrité physique ! Rien !  Et les théoriciens de l’impeachment, inexistant dans le corpus législatif béninois, en l’occurrence, n’auraient pas pu trouver à y redire si le N°1 béninois se contentait de dire de façon laconique qu’il a subi un check up suite à quoi il a daigné prendre quelques jours de repos! Ce serait bien la peine d’être président de la République, s’il faille solliciter un titre de congé avant d’en prendre !

Qu’à cela ne tienne, le gouvernement a bouché le trou d’air qui génère les commérages sur la webzone, en allant bien au-delà du devoir d’informer, à en juger par le luxe de détails qui a caractérisé le communiqué ayant sanctionné le Conseil des ministres de ce lundi! Il faut bien se mettre d’accord que jamais, aucun président au Bénin, n’a souffert de devoir le faire, ne serait-ce que renseigner l’opinion sur son état de santé, au point de devoir dire le nom du mal dont il souffre. Qu’il s’appelle Mathieu Kérékou ou Boni Yayi, les prédécesseurs de Talon, leurs secrets, sur ce registre, sont bien gardés, tel le code d’une bombe H ! Seules les rumeurs se sont contentées de souffler que l’un aurait traité un cancer de gorge, ou un tel autre un glaucome de l’œil. Sans que personne n’y ait trouvé à redire. Du moins pas ceux qui s’érigent aujourd’hui en défenseur d’on ne sait quelle orthodoxie en la matière ! Au nom, prétendument d’un devoir d’être informé bien discutable là-dessus ! Pourquoi donc cette exigence, inégalée, sur cette question comme sur sa gouvernance d’ailleurs, à l’endroit de Patrice Talon ? Nous sommes, sur bien des questions, y compris de la gouvernance, de l’Etat, etc., dans une configuration de retournement des valeurs où le non sens est érigé en bon sens, à bien des égards.

Certes, il n’est pas question de soutenir une quelconque omerta sur la santé de ceux qui nous gouvernent, mais il est tout de même curieux, que dernièrement les Béninois, du moins les activistes qui suppléent à l’opinion, aient oublié une pratique bien d’usage au Bénin : point de communication sur sa santé, secret bien gardé y compris parfois pour ses parents ! Règle non dite, pour des raisons bien connues de tous les Béninois !  

Le président Talon, comme il le dirait lui-même, doit-il se soustraire de ce qui est de l’ordre général ? Pour peu que l’on soit bien avisé sur la question, on reconnaitra à tout le moins, que la pratique ici et ailleurs, dans le genre, relève sinon du mutisme,  ou alors d’un certain laconisme ! On ne saurait disserter sur la santé d’un président de la République, dans les termes vus récemment au Bénin, comme on causerait de la météo. Preuve, que Patrice Talon ne s’est rendu coupable d’aucune cachoterie. Encore que chez lui, la non communication relève plus de la pudeur que de la cachoterie, contrairement au portrait de gris fait de lui dans l’opinion.

Certes, intrinsèquement, l’homme Patrice Talon peut se permettre, comme par le passé, jusqu’à faire acte de mécénat, de philanthropie, priant qu’il n’en soit fait aucune publicité, mais le chef de l’Etat ne s’appartient-t-il plus au point de devoir nécessairement dire urbi et orbi le nom du mal dont il souffre ?

Au-delà de toute amphétamine discursive, le bon sens doit prévaloir lorsqu’on évoque des questions qui touchent à la vie privée d’un quidam, a fortiori du président de la République. Cette précaution d’usage n’a pas été la chose la plus partagée dernièrement au Bénin. Ce qui a laissé libre cours aux élucubrations les plus désobligeantes voire lugubres, alimentées par ceux que Patrice Talon appelle fort justement les « laborantins de l’intoxication », qui ont été aidés en cela, il est vrai, par l’absence d’un cap clair gouvernemental pour communiquer sur le sujet !   

Il est vrai que le Béninois a un côté voyeur, taraudé en permanence par le désir bien souvent malsain de savoir ce qui se passe chez le voisin. C’est sociologique, voire pathologique. Rien dont on puisse tirer fierté.