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Mathieu Sossou, directeur exécutif du réseau Raphal: « Notre souci est que le développement soit inclusif à la base… »

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Mathieu Sossou, directeur exécutif du réseau Raphal: « Notre souci est que le développement soit inclusif à la base… »

L’inclusion économique et sociale des personnes handicapées est l’un des combats que mène depuis quelque temps le Réseau des personnes handicapées de l’Atlantique et du Littoral (Raphal). La finalité est de leur permettre de bénéficier des mêmes privilèges que tout le monde, afin de participer eux aussi au processus du développement du pays. C’est ce qu’a expliqué Mathieu Sossou, directeur exécutif du Raphal, dans cette interview.

La Nation : L’expression inclusion économique et sociale des personnes handicapées est en vogue ces derniers temps. De quoi retourne-t-elle ?

Mathieu Sossou : Nous sommes au terme d’un projet qui porte sur l’inclusion économique et sociale des personnes handicapées. Il a été conçu pour refaire l’image de la personne handicapée. Nous sommes partis du constat que les personnes handicapées sont exclues des opportunités et qu’elles vivent dans laprécarité. Nous avons constaté que leurs préoccupations ne sont pas toujours prises en compte au niveau des documents stratégiques du développement de notre pays. Bref, nous sommes partis du constat que les personnes handicapées constituent la couche la plus marginalisée. La solution est qu’il urge de travailler pour aller de l’exclusion à l’inclusion. C’est pour cela que nous avons initié le projet “d’Appui pour l’inclusion économique et sociale des personnes handicapées de l’Atlantique et du Littoral (Apiesphal)” que l’Ambassade de France a financé à près de 45 millions de Fcfa. Le projet a permis au Réseau des associations des personnes handicapées de l’Atlantique-Littoral (Raphal), de contribuer à l’amélioration des conditions de vie de quelques personnes handicapées. Son but est de contribuer au plein épanouissement de cette couche sociale. Le défi reste le renforcement des capacités techniques et thématiques du réseau. Le projet nous a permis d’acquérir un certain nombre de matériels et de renforcer la capacité des bénéficiaires sur la thématique du handicap.Il s’agit par exemple de la Convention relative aux droits des personnes handicapées, des techniques de plaidoyer en faveur des relais communautaires pour favoriser le dialogue et les sensibilisations à la base.

Quels sont les défis liés à l’inclusion économique et sociale des personnes handicapées  aujourd’hui ?

Le 2e objectif du projet Apiesphal est de faire la promotion de l’entreprenariat des personnes handicapées diplômées sans emploi. A ce titre, nous avons identifié dix personnes handicapées qui ont suivi une formation au centre Songhaï à Porto-Novo. Nous avons pris cette initiative parce que les bénéficiaires n’ont pas toujours accès aux formations professionnelles valorisantes, faute de moyens. L’un des secteurs porteurs au Bénin, c’est l’agro business. C’est pour cette raison que nous avons fait profiter de cette formation à un groupe de dix jeunes handicapés au centre Songhaï. Les mairies de Ouidah, de Kpomassè et de Tori sont des partenaires sur le projet afin de mettre à la disposition de ces jeunes, issus des trois localités, des domaines cultivables. Notre souci est que le développement soit inclusif à la base et que les gouvernants prêtent une oreille attentive à nos préoccupations.

Le 18 mai dernier, la Cour constitutionnelle déclarait conforme à la Constitution la loi 2017-06 sur les droits des personnes handicapées. Peut-on dire, au regard de cette avancée, que l’inclusion des personnes handicapées est désormais un acquis?

Nous pouvons dire que le vote de cette loi est le couronnement de nos efforts. Nous avons travaillé de bout en bout pour en arriver là. C’est depuis que nous étions à la tête de l’Association des étudiants et scolaires handicapés du Bénin à l’Université d’Abomey-Calavi que nous avons conduit des mouvements pour dénoncer l’injustice qui touche nos compères. En ces temps, les personnes handicapées n’avaient pas le droit d’accéder aux salles de composition, encore moins de participer aux concours de recrutement.Nous avions fustigé la situation. Cela a débouché sur plusieurs séances de travail avec les cadres du ministère en charge du Travail et des Affaires sociales. De ces différentes assises est sortie la proposition d’une loi spécifique aux personnes handicapées, à l’instar de ce qui ce passe dans les autres pays de la sous-région. Cette loi va permettre de mettre en application la Convention relative aux droits des personnes handicapées, ratifiée par le Bénin juillet en 2012. Par la suite, nous avons fait un plaidoyer à l’endroit des députés afin de participer aux travaux en commissions parlementaires pour que la loi en faveur des personnes handicapées soit votée et promulguée.
Aujourd’hui, nous remercions le Gouvernement, les députés et les autorités à divers niveaux pour cette noble initiative qui vient rendre justice à une couche longtemps marginalisée. Notre souhait est que les décrets d’application de cette loi soient pris pour faciliter sa mise en application. La loi en elle-même ne peut pas régler le problème des personnes handicapées. L’implication de la couche dans l’élaboration de ces décrets est aussi nécessaire, car il y a assez de mesures dans cette loi qui doivent renforcer notre situation.

Quelle sera la suite de votre combat ?

Le Raphal est un réseau de trente associations de personnes handicapées réparties dans toutes les communes de l’Atlantique -Littoral. Il est créé pour renforcer l’union au sein des personnes handicapées, de contribuer à leur épanouissement et leur permettre de constituer un réseau afin de participer au processus de développement du pays. C’est le premier réseau de personnes handicapées au Bénin. Il a contribué à l’installation d’autres réseaux répartis dans six départements du pays.
La loi en faveur des personnes handicapées est une avancée certes, mais le Raphal et les autres organisations de personnes handicapées ne comptent pass’arrêter en si bon chemin. Pourla prise des décrets relatifs à la loi en faveur des personnes handicapées, nous allons poursuivre le plaidoyer à l’endroit des autorités. Le réseau va travailler avec ses partenaires dela société civile pour renforcer ce plaidoyer.

Vous semblez minimiser l’implication des élus locaux ?

Nous avons coutume de dire que le développement d’un pays commence à la base. Au niveau local, il importe que les élus rendent les services sociaux de base accessibles aux personnes handicapées. Par exemple, lorsqu’on veut mettre en place un hôtel de ville dans une commune, les acteurs à la base doivent galement tenir compte des personnes handicapées. Aussi, importe-t-il que les personnes handicapées soient impliquées dans les cadres de concertation de la société civile au niveau des communes. Il faudrait que la couche puisse accéder aux services sociaux de base sur le principe de l’égalité entre les hommes?

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